Notre Histoire
Les Sables d'Olonne
Ville Occupée
Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre préalable, l'armée allemande franchit la frontière de la Pologne, alliée de l'Angleterre et de la France. La Seconde Guerre Mondiale commence... L'Angleterre et la France déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, et commence la "Drôle de Guerre". Puis, le 10 mai 1940, le "Blitzkrieg" ou "Guerre Eclaire" débute. Après 5 semaines de très durs combats, pendant lesquels l'armée française déplore 92 000 morts, l'armistice franco-allemand est signé à Rethondes le 20 juin 1940. Le dimanche 23 juin 1940, un détachement de l'armée allemande arrive aux Sables d'Olonne. Il occupe aussitôt le sémaphore de La Chaume. Les drapeaux français sont décrochés, les montres sont avancées à l'heure allemande et le couvre feu est mis en place de 21h jusqu'à l'aube. 10 otages sablais sont désignés pour être tenus responsables en cas de provocation. Selon les clauses de l'armistice, la France est coupée en deux par une ligne de démarcation, la ville des Sables d'Olonne comme toute la Vendée, fait partie de la Zone Nord-Ouest occupée par l'armée allemande. 17 443 soldats vendéens sont envoyés en camp de prisonniers en Allemagne.

Plan des Sables d'Olonne en 1940. © Musée du Blockhaus
En ville, la caserne, plusieurs hôtels, maisons et chambres sont réquisitionnés pour loger les soldats allemands ; le Grand Hôtel est transformé en foyer du soldat. Une Kommandantur, organe de liaison entre l'armée allemande et la population civile, s'installe dans l'Hotel du Parc puis déménage après l'été à l'avenue Carnot. Le port des Sables d'Olonne est partiellement réquisitionné pour la marine de guerre allemande, la Kriegsmarine, qui installe une flottille de dragueurs de mines. La pêche et l'agriculture sont contrôlées, la vente du poisson est réglementée, de plus, le manque d'agriculteurs, prisonniers de guerre en Allemagne, et la mainmise sur les stocks entraînent des pénuries des denrées consommables. Les tickets de rationnement permettent l'accès à l'achat de produits. Le "marché noir", non-autorisé, (vente directe au consommateur par le producteur ou avec l'intermédiaire d'un grossiste) et le troc (poisson contre beurre) sont alors des moyens pour survivre. Dès le 20 octobre 1941, les non-résidents sont interdits sur une largeur de 30 km, alors toutes les infrastructures touristiques sont également réquisitionnées.

La Kommandantur s'installe dans l'Hôtel du Parc. © Musée du Blockhaus
Le Mur de l'Atlantique
Aux Sables d'Olonne
Après l'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941, la Wehrmacht passe à la défensive à l'Ouest. La directive du haut-état-major allemand du 23 mars 1942 marque la réelle naissance du Mur de l'Atlantique. La ville des Sables d'Olonne, dont la défense est confiée à l'armée de terre allemande, est le point le plus fortifié de Vendée. La plage elle-même est entièrement obstruée par des obstacles anti-débarquement de toute sorte : pieux en bois parfois montés d'un obus, tétraèdres en béton armé, obstacles en bois destinés à faire sombrer les barges de débarquement. L'accès au remblai par la plage est barré par un dense réseau de barbelés.

La plage des Sables d'Olonne obstruée par des obstacles anti-débarquement. © Musée du Blockhaus
Entre casemates, postes de direction de tirs et un large système défensif, le blockhaus hôpital est volontairement installé en retrait de la zone stratégique de la plage, afin de soigner d'éventuels blessés à l'écart des combats.
Le Blockhaus Hôpital Type 118 C
Il est construit selon un plan type dessiné par des architectes militaires allemands, il s'agit du modèle 118 C. Ce blockhaus hôpital est géré par deux medecins officiers aidés par quatre infirmiers. Il comporte une grande salle d'opération centrale et deux grandes chambrées, qui peuvent accueillir jusqu'à 20 blessés alités. Ce blockhaus comprend 17 autres pièces, notamment sur sa droite une partie technique avec un groupe électrogène en cas de rupture d'électricité de ville et une salle de ventilation.
Construit en 1943 en seulement 3 mois, il est camouflé en villa pour se noyer au milieu du paysage urbain : il dispose d'un vrai toit en pente, tandis que de fausses fenêtres sont peintes en trompe l'oeil sur ses murs de deux mètres d'épaisseur.
Ce blockhaus hôpital a beaucoup servi du 6 au 27 août 1944 pour soigner une centaine de marins allemands blessés provenant de trois navires de guerre coulés par l'aviation alliée aux Sables d'Olonne. Leurs dossiers médicaux ont été brûlés à l'intérieur, juste avant la retraite précipitée des allemands vers l'Est dans la nuit du 27 au 28 août 1944. Le blockhaus a ensuite été utilisé par l'armée française cantonnée dans l'abbaye jusqu'en Mai 1945 puis habité pendant plusieurs mois par des civils vendéens. Propriété municipale, il est ensuite partiellement recouvert de terre pour disparaître du paysage. Il a ainsi été remarquablement bien conservé, ce qui a permis sa reconversion pacifique en musée en 2017.
Résistance et Déportation aux Sables d’Olonne
Au début de l'Occupation, la Résistance en Vendée est d'abord passive, avec des manifestations patriotiques comme le rassemblement du 14 juillet 1940 aux Sables-d'Olonne ou le soutien affiché à des aviateurs britanniques en 1941. En 1943, l'instauration du Service du Travail Obligatoire (STO) provoque de nouvelles protestations.
À partir de 1942, plusieurs réseaux de Résistance se développent en Vendée. Ils recueillent des renseignements pour les Alliés, organisent des parachutages d'armes, diffusent des tracts clandestins et viennent en aide aux aviateurs alliés, aux Juifs et aux réfractaires du STO. La répression est sévère : de nombreux résistants sont arrêtés, déportés ou exécutés. Vingt-quatre résistants sablaisperdent la vie. La persécution touche également la population juive. Onze Juifs des Sables-d'Olonne sont déportés et assassinés à Auschwitz. Malgré les risques, de nombreux Vendéens cachent et sauvent des Juifs, notamment des enfants. Vingt-trois Vendéens seront reconnus « Justes parmi les Nations ».
8 navires allemands
Le 6 août 1944
Le 1er août 1944, les Américains commencent à libérer la Bretagne après la percée de l’armée Patton à Avranches. Les Britanniques veulent détruire les bâtiments allemands quittant cette région pour trouver refuge dans les ports du sud-Ouest. Ils commencent le 4 août à les attaquer jusqu’à l’embouchure de la Gironde, c’est l’opération « Kinetic ». La majeure partie de la flotte allemande qui va passer devant les côtes de Vendée va être impitoyablement détruite.

Il coule en 30 minutes. 38 marins allemands sont morts. © Musée du Blockhaus
Sept navires de guerre sont détruits en moins d’un quart d’heure, environ 800 marins allemands ont été tués. Seul l’escorteur rapide SG3, bien que touché, parvient à s’échapper du piège allié. Il arrive à rejoindre les Sables-d’Olonne à 9 heures du matin le 6 août pour débarquer ses 4 morts et ses blessés, parmi lesquels se trouve le commandant Klotzbach ; ces derniers sont aussitôt amenés dans le blockhaus hôpital.

Des dizaines de marins blessés sont débarqués. © Musée du Blockhaus

L'escorteur allemand SG3 est touché à de nombreuses reprises. © Musée du Blockhaus
Mais leur répit est de courte durée, le SG3 est attaqué le jour même à 19h30, par l’aviation britannique cette fois-ci ! Onze chasseurs-bombardiers Beaufighter du 236th Squadron armés de roquettes attaquent l’escorteur qui coule 30 minutes plus tard. Plusieurs dizaines de marins blessés sont emmenés en urgence au blockhaus hôpital, 38 autres sont décédés.
L’Opération Kinetic est un grand succès pour les Alliés : entre le 4 et le 27 août 1944, la Kriegsmarine perd 81 bâtiments de surface dans le Golfe de Gascogne.

Seul l'escorteur rapide SG3 a réussi à s'échapper. © Musée du Blockhaus
La libération des Sables d'Olonne
Le 24 août 1944, une grande nouvelle se propage, Paris est libéré, le général de Gaulle y prononce un vibrant discours ! L’île d’Yeu est totalement évacuée par l’armée allemande le 25 août, La Barre-de-Mont le lendemain et St-Gilles-sur-Vie le 27.
Ce même jour, des affiches placardées aux Sables d’Olonne annoncent un couvre-feu à partir de 20 heures et ordonnent à la population de fermer tous les volets et de laisser les portes des maisons ouvertes. À partir de 16 heures, des voitures munies de haut-parleurs sillonnent la ville pour rappeler ces consignes. Les volets fermés doivent empêcher des Résistants de tirer sur l’armée allemande, tandis que les portes ouvertes doivent permettre à ses soldats de pénétrer aussitôt dans la maison d’où seraient partis des coups de feu… À partir de 22 heures, les habitants des Sables entendent de fortes explosions se succéder pendant plusieurs heures : avant de partir, les Allemands détruisent leur matériel et surtout les installations portuaires pour qu’elles ne soient pas utilisables par les Alliés : la petite jetée est tronçonnée en neuf brèches, les portes du bassin à flot sont détruites, trois navires sont sabordés pour gêner la navigation et des mines sont déposées. Les canons qui se trouvaient bloqués dans des bunkers comme ceux de la Chaume sont détruits à l’explosif, ainsi que le dépôt de munitions du casino.
Puis les Occupants quittent discrètement la ville pendant la nuit en direction de l’Est…

Un détachement permanent de FFI reste en garnison aux Sables d'Olonne jusqu'à la fin des hostilités, sur demande de la mairie en octobre 1944. © Musée du Blockhaus
Au matin du 28 août, les Chaumois et les Sablais sortent dans les rues et très vite la phrase « Ils sont partis ! » est répétée. Les drapeaux tricolores sont hissés sur les édifices publics. Les habitants, qui savourent leurs premiers instants de liberté, constatent en même temps les dégâts causés par les explosions de la nuit. Après quatre années d’Occupation, les esprits s’échauffent : quelques « collaborateurs économiques » sont jetés dans le port et leurs magasins sont pillés, plusieurs femmes connues pour avoir eu des relations avec des soldats allemands sont tondues en public…
Certains civils pénètrent dans les hôtels et maisons abandonnés par les soldats. Pour stopper le pillage et tenter de rétablir l’ordre en ville, la mairie annonce par voie d’affichage un couvre-feu de 22h30 à 5h30 et rappelle qu’il est dangereux de pénétrer dans les abris abandonnés par les troupes allemandes et les champs de mines. Le 29 août, un Comité Local de Libération formé par des Résistants, dont le lieutenant Camille Aigreault chef militaire du mouvement Libération aux Sables, désigne à l’unanimité le capitaine Louis L’Hélias comme commandant des Forces Françaises de l’Intérieur ; ce dentiste supervise chez lui, rue de la Tour, la distribution de brassards tricolores, ce qui permet aux Résistants de faire la police dans la ville.
1 - Les FFI en poste à la porte de Talmont
2 - Combattants armés du corps-franc du maquis R1 de Dompierre
3 - Les FFI repoussent un convoi allemand à la porte d'entrée du Château d'Olonne
© Musée du Blockhaus
Des groupes de FFI sont envoyés garder les entrées de la ville, aux anciens barrages construits par les Allemands.
Un premier accrochage se déroule le soir même à l’entrée du Château d’Olonne, entre la vingtaine d’hommes du lieutenant Lapierre secondés par des FFI de Dompierre, et un convoi allemand venant de l’Est, composé d’une voiture et de 4 camions chargés de munitions. Attaqués à la grenade, les camions explosent, une dizaine de soldats allemands sont faits prisonniers. Le 31 août vers 15 heures, un second convoi allemand, venant cette fois du Sud, est intercepté au barrage de l’entrée des Sables sur la route venant de Talmont ; les Allemands, qui comptent 3 tués, abandonnent deux voitures et repartent dans leur camion attelant un petit canon. Les recrutements de volontaires continuent à la caserne : avec 350 hommes, le Premier Bataillon de Marche formé aux Sables d’Olonne est l’un des groupes les plus importants de Vendée. Plusieurs dizaines d’entre eux sont armés le 1er septembre grâce au débarquement de matériel à partir d’un destroyer polonais. Le 3 septembre au matin, une importante colonne allemande arrivée à la Tranche envoie depuis la poste un ultimatum au commandant l’Hélias : il doit faire ouvrir les portes des Sables dans les quatre heures sous peine d’un bombardement de la ville. Le commandant l’Hélias répond négativement, heureusement aucun bombardement n’a lieu, et la colonne allemande part vers La Rochelle.
Les FFI Vendéens
Face aux Poches de St Nazaire & de la Rochelle
À la Libération, plus de 3 300 volontaires vendéens sont engagés dans les FFI et les FTP. Après la libération des principaux ports du nord de la France, les Alliés choisissent de contourner les ports de l'Atlantique encore occupés par les Allemands. Les garnisons de Saint-Nazaire et de La Rochelle restent ainsi retranchées jusqu'en mai 1945, formant les « poches de l'Atlantique »
Les six bataillons vendéens sont envoyés assiéger ces positions allemandes. En novembre 1944, ils sont regroupés au sein du 93ᵉ Régiment d'Infanterie. Malgré un équipement insuffisant, ces volontaires participent à de nombreuses patrouilles et combats. Les affrontements les plus violents ont lieu en janvier 1945 autour de Marans, au nord de la poche de La Rochelle. Les pertes sont importantes et les bataillons vendéens sont réorganisés avant d'être intégrés à l'armée régulière au printemps 1945. Au total, 52 combattants vendéens trouvent la mort lors des combats devant les poches de Saint-Nazaire et de La Rochelle.
Lors des élections municipales du 18 mai 1945, la Résistante Odette Roux est la plus jeune femme de France à être élue maire. © Musée du Blockhaus

Le 12 septembre 1944, un arrêté du commissaire régional de la République de Poitiers M. Schuhler suspend de leur fonction les membres du conseil municipal des Sables d’Olonne. Cinq jours plus tard, le département de la Vendée est déclaré libéré. Le 30 septembre, un nouveau Conseil municipal est constitué aux Sables, il intègre plusieurs membres de la Résistance, comme l’abbé Fetiveau, Louis L’Hélias et Odette Roux. Le nouveau Préfet M. Léon Martin vient assister à la fête de la Libération qui se déroule le 1er octobre. Mais les combats continuent cependant pour les combattants vendéens sur le « front de mer » face aux Poches de La Rochelle et Saint-Nazaire, et ce, jusqu’au 8 mai 1945, date de la capitulation allemande. Des élections municipales se déroulent dix jours plus tard : Odette Roux, membre du parti communiste, est la plus jeune femme de France à être élue maire.
Muséographie et recherches historiques réalisées par Luc Braeuer, Docteur en Histoire Contemporaine de l'Université de Poitiers.
Toutes les images utilisées sont protégées © Musée du Blockhaus - Marc et Luc Braeuer
















